Kuss et l'appel de la montagne
Fils d'un ancien entraîneur de l'équipe américaine de ski, le coureur de chez Jumbo-Visma s'est imposé à Andorre, là où il vit depuis plusieurs années.

- Publié le 11-07-2021 à 19h54
- Mis à jour le 13-07-2021 à 06h38

Le grand livre de la vie raconte que, d'une manière ou d'une autre, on retourne toujours d'où l'on vient afin d'y écrire son destin. Dimanche après-midi, en s'imposant en solitaire dans les rues d'Andorre-la-Vieille, l'Américain Sepp Kuss en a apporté une nouvelle preuve éclatante. Né à Durango, dans le Colorado, ce fils d'un ancien entraîneur de l'équipe américaine olympique de ski nordique a grandi au milieu des montagnes. En remportant la première étape pyrénéenne de ce Tour de France, celui qui avait déjà levé les bras sur la Vuelta (en 2019), a donc noirci son palmarès de sa plus belle ligne au milieu de son biotope naturel.
"Je vis de surcroît en Andorre, souriait l'Américain de 26 ans. Nous étions nombreux (Alaphilippe, Elissonde…) à être dans ce cas au sein de la grosse échappée qui s'était détachée en début de course et nous en avions d'ailleurs rigolé entre nous. J'avais le sentiment que tous ceux qui sont installés en Principauté avaient pointé cette journée (rires)… Avant le départ de Céret, ma copine m'avait envoyé un message pour me dire précisément où elle se posterait avec ma famille dans le col de Beixalis, la dernière difficulté. Je savais donc qu'il fallait que j'attaque avant pour avoir la vue dégagée et le temps de les repérer (rires)…"
Passé à l'offensive à cinq kilomètres du sommet, Kuss resta un long moment sous la menace d'un retour de Valverde.
"Je connaissais vraiment bien cette ascension pour la gravir régulièrement à l'entraînement ainsi que la finale et savais qu'il était important que je creuse un écart suffisamment important au moment de basculer au sommet. Cette maîtrise du parcours a sans doute constitué un avantage mais je me demande quand même si, parfois, il n'est pas préférable de ne pas trop savoir ce qui vous attend tant on devine les moments de souffrance qui se profilent encore à l'horizon (rires)… Alejandro Valverde est un coureur avec tellement d'expérience que je m'en suis méfié jusqu'au bout. C'est le genre de mec capable de doser ses efforts au millimètre ou presque. Le vent soufflait si fort dans les derniers kilomètres que je n'ai pu me relever que dans les derniers hectomètres pour savourer ce succès. Mais quel bonheur !"
Déjà sacrée sur l'étape du Ventoux avec Wout Van Aert, la formation Jumbo-Visma a su se réinventer sur cette Grande Boucle après l'abandon de son leader Primoz Roglic pour s'offrir un second succès de prestige. "Quand votre sélection ne compte plus que cinq éléments (NdlR : Gesink et Martin ont également abandonné), il faut savoir se montrer créatif, continuait Sepp Kuss. Nous savions que la première longue descente au menu du jour était assez périlleuse et qu'il était plus prudent de se positionner à l'avant pour négocier celle-ci. Nous nous sommes retrouvés à trois Jumbo (Van Aert et Kruijswijk en plus de Kuss) un peu par hasard mais avons considéré que cette position était plutôt intéressante sur un plan stratégique. Teunissen continuait de protéger Vingegaard (3e désormais du général) dans le groupe des favoris alors que le premier de nous qui sautait en tête de course allait ensuite pouvoir se transformer en relais précieux pour notre leader pour le classement. Cela a plutôt bien fonctionné puisque le Danois a retrouvé le podium et que, de mon côté, j'ai enlevé l'étape. Un succès qui doit beaucoup à Wout Van Aert. Le boulot qu'il a abattu pour moi, dans la vallée notamment, est tout simplement phénoménal. Quand on est dans la roue d'un tel rouleur pour négocier une finale sur un terrain que l'on connaît sur le bout des doigts, on se sent dans son fauteuil (rires)…"
On retourne toujours d'où l'on vient.