L'Edito: entre rumeurs et suspicions pour Tadej Pogacar
Un Edito signé Eric De Falleur.
- Publié le 16-07-2021 à 20h01
- Mis à jour le 16-07-2021 à 20h10

On se croirait revenu dix ou plus sûrement vingt ans en arrière, quand les affaires en tout genre proliféraient. Les exploits de Tadej Pogacar, débutés par son exceptionnel renversement de situation l'an passé à La Planche des Belles Filles et prolongés durant ce Tour qu'il s'apprête à regagner, combinés à d'autres exploits hors du commun d'autres champions (jusqu'à preuve du contraire), ont plongé Tour et suiveurs dans un climat de paranoïa et de suspicion qu'on pensait être de l'histoire ancienne. La première question posée au maillot jaune lors de sa conférence de presse à Libourne, faisait référence à un article d'un quotidien suisse.
Un papier évoquant le témoignage anonyme d'un coureur du Tour entendant des bruits suspects provenant des roues arrières de collègues de quatre équipes et non des moindres, UAE, Bahrain, Deceuninck et Jumbo. "Est-ce que tu utilises quelque chose d'illégal ?" Réponse du jeune Slovène : "Je ne sais pas, dans le peloton, on entend beaucoup de bruits bizarres. Nous (son équipe), nous utilisons les moyeux Campagnolo." Ne soyons pas naïfs, le sport et le cyclisme ont depuis toujours suscité triche et dopage. Ce n'est d'ailleurs qu'en agitant le bâton et en renforçant les contrôles et les garde-fous que la fuite en avant a été freinée.
Mais la caisse de résonance du Tour et son exposition médiatique sont aussi propices à ce que les histoires les plus folles et les moins avérées voient le jour. Car beaucoup répètent et amplifient souvent sans la moindre preuve de ce que son voisin a dit ou écrit. Certains, pour qui le Tour est la seule course de l'année, s'en sont fait leur spécialité. Mercredi, à Pau, les gendarmes ont perquisitionné l'équipe Bahrain-Victorious à son hôtel à la suite de l'enquête préliminaire ordonnée par le parquet de Marseille. Un dossier dont on ne sait s'il a été ouvert sur base d'éléments solides ou s'il n'est le fruit que de dénonciations, rumeurs et, osons le mot, calomnies.
Tout cela n'est pas près de s'arrêter. Dimanche, lorsqu'il montera sur la plus haute marche du podium, à Paris, Tadej Pogacar deviendra aussi le vainqueur du Tour le plus rapide de l'histoire et de loin. De quoi alimenter la fièvre de certains, une fièvre jaune évidemment.