"Frontnacht", le festival "néo-nazi", n'aura finalement pas lieu: retour sur les raisons d'une annulation de dernière minute
L'Ocam avait indiqué qu'il n'y avait aucune raison de refuser la tenue du concert à Ypres.
- Publié le 16-08-2022 à 21h31
- Mis à jour le 16-08-2022 à 23h53

Prévu de longue date, le festival de musique "identitaire" Frontnacht a été annulé mardi à la demande insistante de plusieurs partis néerlandophones et francophones.
Cela faisait plusieurs mois que des militants de gauche et des journalistes flamands s'inquiétaient de la tenue de cet événement prévu à Ypres dans le cadre de la Veillée de l'Yser, cette manifestation nationaliste dissidente du pèlerinage de l'Yser (en mémoire des soldats tombés au front durant la Première Guerre mondiale). Mi-juillet, la section yproise de Groen avait lancé une pétition pour faire annuler la tenue des concerts de groupes étiquetés antisémites, néo-nazis et de droite radicale. C'est finalement l'avertissement lancé par l'ONG de surveillance SITE Intelligence Group, repris notamment par Het Nieuwsblaad, qui va mener à l'annulation du festival. SITE annonçait que diverses organisations d'extrême droite recrutaient des personnes pour se rendre à Ypres. Un avertissement qui venait se joindre aux propos du spécialiste de la scène musicale d'extrême droite, Thorsten Hindrichs, dans De Standaard. Le musicologue affirmait que la présence des groupes représentait un danger pour les personnes de couleur et les LGBT qui s'aventureraient dans la zone de l'événement. "Au mieux, il est incroyablement naïf de permettre à des groupes clairement néo-nazis comme Bronson, Flatlander et Phil Neumann de se produire. Au pire, c'est de la négligence et une forme de complicité."
Mardi, on a dès lors pu voir la quasi-totalité de la classe politique s'indigner de la venue du festival. Des députés comme Ahmed Laaouej (PS), François De Smet (DéFI) ou Gilles Vanden Burre (Ecolo) ont demandé à la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden d'intervenir pour faire annuler la soirée. Les élus nationalistes Michael Freilich et Theo Francken se sont dits "dégoûtés" de voir pareille rencontre se préparer dans un lieu où "nos braves soldats sont morts pour notre paix", rappelant que "l'antisémitisme et le négationnisme n'avaient pas leur place" en Belgique. La section locale de Vooruit a menacé de quitter la majorité yproise si l'événement n'était pas annulé. Egbert Lachaert (Open VLD), président du parti de la bourgmestre d'Ypres Emmily Talpe, a répliqué que "les néo-nazis n'avaient rien à faire ici". Quelques heures plus tard, l'événement était annulé.

Si l'autorisation d'organiser le festival avait initialement été accordée, c'est, selon la commune, parce que différentes autorités telles que la police, l'Ocam ou l'Union des villes et communes de Flandre avaient indiqué qu'il n'y avait aucune raison légale de refuser cet événement. "Naturellement, l'ensemble du collège des échevins était déjà très préoccupé par le message qui serait diffusé. Un permis a alors été accordé sous conditions, à savoir qu'il ne devait y avoir aucun lien avec le néo-nazisme/néo-fascisme. Une consultation avec l'organisation a suivi pour clarifier ce point", précise mardi la bourgmestre.
La zone de police locale et l'organisme d'analyse de la menace terroriste ont alors à nouveau été consultés. Le centre de crise national a demandé à l'Ocam d'effectuer une analyse, nous informe le cabinet de la ministre de l'Intérieur. Son rapport envoyé au collège yprois évoque "une signature néo-nazie et néo-fasciste" dans le chef des groupes, ce qui représentait une présence "inacceptable" pour la ville de paix.
À la suite de l'annonce de l'annulation, les organisateurs, qui se défendent de normaliser le nazisme, réclament une indemnisation.
