Quand la génération dorée veut transmettre ses valeurs aux nouveaux Red Lions : "Ils ont créé une marque de fabrique, à nous d'y faire attention"
À la veille de la Coupe du monde de hockey en Belgique, plongée en trois actes dans les valeurs qui ont façonné la génération dorée des Red Lions et dans la manière dont elles se transmettent aujourd'hui à la génération actuelle. Acte 2 : la transmission des valeurs d'une génération à l'autre.
- Publié le 12-08-2026 à 06h37

Champions du monde en 2018, champions d'Europe en 2019 puis champions olympiques en 2021. En moins de trois ans, l'équipe nationale belge masculine de hockey a remporté les trois titres suprêmes. Une performance qui a définitivement consacré cette équipe comme une véritable génération dorée. À la veille de la Coupe du monde 2026, organisée cet été à Wavre, nous avons voulu comprendre ce qui a fait la réussite de cette génération, au-delà de son talent sportif évident.
Après nous être penchés sur la naissance d'une génération qui a fini par mettre le hockey belge sur le toit du monde, place au deuxième acte : la transmission et l'héritage laissés par cette équipe à la génération suivante, en matière de valeurs et de culture de la performance.
Départs de cadres
"Il est temps pour un nouveau départ" : ces mots sont ceux de Patrick Keusters, qui a succédé à Marc Coudron comme président de la Fédération de hockey belge, en septembre 2024. Les Red Lions viennent alors de subir une énorme désillusion aux JO de Paris, éliminés par l'Espagne en quarts de finale. "Les Red Lions nous avaient habitués au sommet, les attentes étaient donc grandes," expliquait alors Patrick Keusters.
Un nouveau plan est alors lancé par la Fédération, avec les JO de Los Angeles en 2028 comme objectif. Parmi les nombreux changements annoncés, la fin de carrière internationale de plusieurs cadres de cette génération dorée : Florent van Aubel, Félix Denayer, John-John Dohmen ou encore Simon Gougnard, Sébastien Charlier et Thomas Briels. D'autres décident de poursuivre l'aventure avec les Red Lions, à l'image de Tom Boon, Victor Wegnez ou Vincent Vanasch. Dans le même temps, des jeunes intègrent le noyau après les trois titres majeurs, comme Nelson Onana, Arno Van Dessel ou encore Lucas Balthazar. "Nous avons de tout dans l'équipe, explique Max Van Oost, défenseur de 26 ans considéré comme l'un des plus grands talents de sa génération. Il y a certains joueurs expérimentés qui ont tout gagné avec la génération dorée, d'autres de mon âge qui ont connu les derniers grands moments de cette génération, puis des nouveaux joueurs. La génération dorée se connaissait par cœur, c'était un groupe uni qui avait passé beaucoup de temps ensemble. Nous essayons de faire pareil, même si cela prend du temps et que cela passe par des victoires et des défaites."
La nouvelle génération n'a connu que les sommets et doit désormais maintenir ce niveau.
Avant les grands chambardements, plusieurs cadres des Red Lions avaient déjà veillé à transmettre les valeurs importantes à ceux qui allaient composer la génération suivante. Avec une grande différence : la génération dorée était passée par de nombreux échecs alors que la nouvelle génération a directement connu le succès. "Nous sommes partis d'en bas pour atteindre les sommets, explique John-John Dohmen, l'ex-capitaine des Red Lions. Cela te construit en tant que joueur de passer par une phase d'échecs. La nouvelle génération n'a connu que les sommets et doit désormais maintenir ce niveau. C'est pour cela que nous avons transmis notre vécu et les valeurs de l'équipe aux jeunes, mais sans avoir la grosse tête. Personnellement, j'estime avoir prolongé l'histoire des Red Lions, avec en effet plus de succès que d'autres, et non pas écrit cette histoire. Désormais, c'est un nouveau chapitre qui s'écrit, mais pas un nouveau livre, car l'équipe belge n'appartient à personne."

"Nous avons posé les fondations et les anciens étaient là pour guider les jeunes, poursuit Félix Denayer, qui a arrêté après Paris 2024 au bout de 402 sélections. Nous leur avons laissé une plateforme et c'est à eux de donner de la couleur du prochain texte en créant leur propre culture basée sur l'ADN global des Red Lions. Quand je vais voir leurs matchs, j'ai plaisir à observer le comportement des joueurs. On ne contrôle pas toujours le résultat d'un match, mais on contrôle son comportement ou l'énergie qu'on veut faire circuler. Et la nouvelle génération a bien compris cela."
Expérience des anciens
La nouvelle génération a en effet rapidement compris l'héritage énorme laissé par la génération dorée. Vu les bases si solides mises en place, il aurait été inconcevable de voir une individualité ne pas rentrer dans le si beau moule laissé par les anciens. "C'est un groupe dans lequel il est encore plus facile de vivre que dans le passé, avance Tom Boon, qui a débuté en équipe nationale en 2008 et compte 390 sélections. Tous font partie du projet, avec une concurrence ultra-saine et une exigence qui s'est imposée d'elle-même. On a un coup d'avance avec ce groupe, car les anciens peuvent aiguiller d'autres joueurs en disant : "Faites gaffe, on a déjà fait cette erreur avec l'ancienne génération." Il faut regarder en arrière et voir ce qui a fonctionné, mais sans imiter : les Red Lions ne sont pas à la recherche d'un nouveau van Aubel, d'un nouveau Gougnard ou Boccard. Les Red Lions veulent s'appuyer sur des Duvekot, Hellin et Balthazar."
On a un coup d'avance avec ce groupe, car les anciens peuvent aiguiller d'autres joueurs
Dans la construction d'une génération prospère, ces joueurs de la génération dorée encore présents en équipe nationale jouent un rôle primordial. Si certains nouveaux ont parfois exprimé leur frustration de voir l'équipe toujours ramenée aux succès des années précédentes, les Van Doren, Vanasch ou Wegnez ont réussi à trouver le juste équilibre entre transmission et responsabilisation. "Je ne me sens pas dépositaire d'un héritage mais notre rôle est important, lance Victor Wegnez, qui a tout gagné avec les Red Lions. Notre expérience peut compter, surtout quand on sait que la majorité des joueurs de l'équipe n'a jamais joué un Mondial. À nous d'encadrer les coéquipiers et de prendre la pression quand il y aura un certain stress lors des matchs à enjeux."
"Un gars comme Arthur Van Doren nous inculque par exemple la gagne à chaque entraînement et chaque match, continue Tommy Willems, joueur de 29 ans désormais bien installé chez les Red Lions. Il veut pousser chacun à être le meilleur sans nécessairement revenir sur les succès du passé. Les discussions ne tournent pas autour des titres gagnés, par contre, entendre ce qu'ils ont connu permet parfois de relativiser : à l'époque, ils n'avaient pas de stade national ou de centre d'excellence, ce qui permet de moins se plaindre. De manière générale, la phrase qui ressort souvent vient de Félix Denayer : "Laisse le maillot dans un meilleur état que tu l'as pris." L'équipe est au-delà des performances sportives, ils ont créé une marque de fabrique et nous devons faire attention à l'image des Red Lions."
L'affaire Antoine Kina
Une image qui a été écornée lors de l'Euro 2025 à Mönchengladbach. En Allemagne, les Red Lions sont sortis par l'Espagne en quarts de finale et la frustration est énorme. Antoine Kina, qui a remporté les trois titres majeurs avec les Red Lions, ne mâche pas ses mots après la rencontre : "C'est une honte de ne pas être en demi-finale, lance celui qui est connu pour son franc-parler. Il ne faut pas se contenter de dire que l'équipe est en reconstruction."
Nous avons failli dans notre système de Red Lions à l'Euro 2025.
Après la partie, un meeting de crise a lieu durant lequel les joueurs sont appelés à vider leur sac. Dans la foulée de cette discussion, Antoine Kina décide de faire ses valises et de quitter l'équipe nationale alors que deux matchs de classement doivent encore avoir lieu, avant de mettre un terme à sa carrière internationale quelques jours plus tard. "Nous avons failli dans notre système de Red Lions", lance Victor Wegnez.
"Il suffit d'un élément négatif pour balayer tout le positif, continue Tommy Willems. Nous n'avons pas respecté les codes des Red Lions. Nous avons tout remis à plat pour continuer sur la lancée des anciens sans devoir nous comparer."

Pour le reste, l'équipe nationale reste proche des valeurs implantées par la génération dorée. Comme le fait de se rendre disponible auprès du public, de ne jamais refuser un autographe ou de parler positivement des coéquipiers. Avec cette idée générale : "A better team makes a better Red Lion", soit qu'une meilleure équipe fait un meilleur Red Lion. "Nous continuons quotidiennement à faire en sorte que l'atmosphère autour de l'équipe soit positive, avance Max Van Oost. L'objectif est de rendre le maillot de l'équipe nationale magique : quand un enfant le porte, il doit sentir qu'il a des superpouvoirs et qu'il peut rêver. L'ancienne génération a beaucoup insisté sur l'idée d'humilité et de rester une équipe humble."
Dans ce travail de transmission des valeurs, la Fédération a aussi joué un rôle important. "Les Red Lions et les Red Panthers sont les figures de proue du hockey belge, conclut Serge Pilet, le CEO de la Fédération. On tient énormément à conscientiser nos membres aux valeurs de respect et de fair-play, et cela passe par nos équipes nationales. Les générations passent, mais le moule est le même, avec des valeurs d'excellence, de travail et d'esprit d'équipe qui sont nécessaires pour atteindre ensemble l'objectif ultime."
À savoir, dès cet été, un prochain titre mondial.
Cet article a été réalisé avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.