Montagne, chrono, sprint, la règle de trois de Wout Van Aert pour gagner le Tour
À son succès au Ventoux, Wout van Aert en a ajouté deux très différents ce week-end : le contre-la-montre et le sprint aux Champs-Élysées. Seul Merckx avait fait cela !
- Publié le 18-07-2021 à 22h53
- Mis à jour le 19-07-2021 à 11h37

Dans un sport cycliste qui s'est de plus en plus spécialisé ces dernières décennies, mais dont la nouvelle génération est occupée à complètement chambouler les habitudes, Wout van Aert est un extraterrestre. Un champion tout-terrain hors du commun qui par son éclectisme nous renvoie des années en arrière.
Plus que la drôle de machine des merveilleux fous pédalant, il nous faut emprunter la DeLorean du docteur Emmett Brown et de Marty McFly pour retourner à l'époque d'un certain Eddy Merckx afin d'y trouver traces, en 1974, de ce géant gagnant sur un même Tour de France des étapes (huit au total, plus le classement final), en haute montagne, au contre-la-montre et au sprint.
Wout van Aert a donc lui aussi réussi cette rarissime performance en apportant ce week-end deux victoires à sa collection riche désormais de six succès d'étapes, déjà valorisée à la mi-Tour par sa chevauchée fantastique sur le Mont Ventoux. À son triomphe sur le Géant de Provence, le Campinois a ajouté le chrono grand cru dans les vignobles du bordelais samedi, où il a atomisé ses rivaux entre Libourne et Saint-Émilion, puis, le lendemain, le prestigieux sprint des Champs-Élysées. Où le Belge a privé son jeune voisin Jasper Philipsen d'une victoire que lui aussi aurait méritée pour sa régularité (six podiums en six sprints sur ce Tour 2021) et, surtout, Marc Cavendish d'une 35e victoire. Le Britannique se consolera avec le maillot vert, son deuxième seulement, dix ans après le premier, à une époque où l'on était sprinter, rouleur ou grimpeur, mais jamais les trois à la fois.
Par la faute de son jump dévastateur, Eddy Merckx, qui avait suivi dans la… voiture de Jumbo-Visma Wout van Aert dans son effort en solitaire samedi, restera donc, 12 mois encore au moins, co-recordman avec le Cav, n'en déplaise au Bruxellois !
On le dit, on l'écrit, on le répète depuis bientôt trois ans, Wout van Aert sait tout faire ou presque et c'est certainement mû par une ambition et un espoir légitimes qu'il s'est envolé pour l'Asie peu après son déboulé victorieux sur la plus belle avenue du monde. Aux Jeux olympiques, le Belge part pour gagner les deux épreuves auxquelles il va prendre part, il l'a redit en descendant du podium des Champs-Élysées où il était monté avec son fils Georges dans les bras.
Le champion de Belgique est dans la forme de sa vie, mais les deux tracés ne sont pas idéaux pour lui, de même que sa préparation, comme pour tous ceux qui arrivent du Tour de France. Ce n'est toutefois pas le genre d'obstacles qui freinent le coureur d'Herentals qui devra bien finir un jour à s'essayer aussi à conquérir le maillot jaune et à le ramener à Paris.
D'abord le vert, dit-il, ce qui se fera sans doute dès l'année prochaine, encore qu'avec Primoz Roglic et maintenant Jonas Vingegaard, son équipe aura toujours de sérieuses ambitions pour le classement général. N'empêche, s'il se mêle aux sprints intermédiaires et continue à s'illustrer sur tous les terrains, van Aert deviendra le nouveau propriétaire du maillot vert.
Pour le jaune, il faudra patienter. Le voir d'abord ajouter à son palmarès une poignée de victoires dans les classiques, celles pavées dont il rêve et pour lesquelles il est taillé plus que tout, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Il faudra ensuite le convaincre de s'engager dans la plus difficile mission de sa carrière et même alors, ce n'est plus au mont Ventoux qu'il s'attaquera mais à son Everest à lui. Il lui faudra perdre un peu de poids, bénéficier de circonstances plus ou moins favorables, d'un parcours un peu moins relevé que d'habitude, mais surtout continuer à courir comme il le fait, avec panache et talent. C'est bien le genre d'objectif, a priori inatteignable qui, loin de le décourager, renforce au contraire la volonté de triompher du champion de Belgique.