Pogacar, phénomène de précocité: "Je ne suis pas le patron, je veux juste m'amuser sur mon vélo"
À 22 ans seulement, Tadej Pogacar a déjà gagné le Tour de France deux fois. Où s'arrêtera le jeune Slovène dans le futur ?
- Publié le 18-07-2021 à 21h43
- Mis à jour le 19-07-2021 à 12h29

Durant ces trois dernières semaines, Tadej Pogacar a confirmé à la fois son succès de l'an dernier et a pris rendez-vous pour l'avenir, dix mois après sa victoire surprise à la Planche des Belles Filles. Le Slovène, plus jeune double lauréat de la Grande Boucle de l'histoire, a dominé ce 108e Tour de France et, dès aujourd'hui, le voici propulsé au rang de favori pour la prochaine édition.
Est-ce que ce deuxième succès a une saveur différente ?
"Oui, très différente. L'année dernière, j'avais eu des sensations incroyables parce que c'était la première fois, et là je suis à nouveau ici. C'est la confirmation."
Vous sentez-vous dans la peau du nouveau patron du Tour, comme Merckx, Hinault ou d'autres avant vous ?
"Je n'aime pas me comparer à qui que ce soit, chaque coureur est unique, chacun a sa personnalité, je ne me considère pas comme le patron. Je suis là pour faire la course et m'amuser sur le vélo."
Qu'aimeriez-vous à l'avenir, gagner les trois grands tours, enlever cinq Tours ou plus ?
"Là, je ne pense à aucun record, je veux juste apprécier ce moment, bien entendu. Je disputerai à l'avenir le Giro et la Vuelta, ce sont des courses que j'aime mais pour le moment, je veux savourer, ensuite ce seront les Jeux olympiques et puis on verra quel chemin je prendrai."
Dix mois après, vous réussissez le doublé. Vous étiez super motivé à gagner à nouveau.
"L'an dernier, c'était une saison particulière qui s'est terminée de façon bizarre. Toutes les courses avaient été repoussées après le Tour, je n'avais pas pu fêter ma victoire avec les restrictions liées à la pandémie. Cette année encore, avec les Jeux, je ne pourrai pas célébrer mon succès. J'espère qu'ensuite, à mon retour du Japon, je pourrai être au calme, être en paix, me détendre. Je préfère ça. Cette fois, je voulais prouver que j'étais un bon coureur, que je pouvais le faire à nouveau. Pour être honnête, j'étais très content dès la première semaine du Tour, j'étais calme et très motivé."
Cette année, on a découvert votre personnalité, on vous sent moins timide, plus détendu.
"Oui, sans doute. Je reste jeune, j'aime la vie, si on ne s'amuse pas dans le sport que l'on fait, c'est qu'on n'a rien compris. Cela rend les choses plus simples."
Quelles sont les différences entre ces deux victoires ?
"On m'a souvent posé cette question. C'était très différent. L'an passé, personne ne s'attendait à me voir gagner, pas même moi, j'aurais été super content d'être deuxième. Il y a eu beaucoup d'émotion après le chrono chez les uns et les autres. J'étais super content évidemment. Cette année, j'ai pu apprécier davantage et plus tôt dans le Tour. Pour ça, c'était très différent cette année. J'avais aussi moins de stress, en 2020. Cette fois, j'étais beaucoup plus sollicité, les podiums, les conférences de presse. C'était plus dur quand je n'étais pas sur le vélo. On a aussi roulé tous les jours à fond cette année, mais c'était déjà le cas l'an dernier. Sur le vélo, c'était plus ou moins la même chose."
Une course que vous avez dominée de bout en bout.
"J'ai fait mon maximum sur ce Tour, j'ai été très heureux de gagner deux étapes dans les Pyrénées. Mon moment favori, sur ce Tour, c'est ma victoire au Portet après tout le travail de mon équipe. Sans mes équipiers, je n'aurais jamais gagné ce Tour. Et puis, j'ai été très ému de retrouver Allan Peiper samedi avant le contre-la-montre. Je le connais depuis trois ans, il a une énorme influence sur moi, il m'a beaucoup appris sur le cyclisme, sur la vie. J'étais très content de le revoir, de savoir qu'il va mieux."
Que diriez-vous de Jonas Vingegaard, votre dauphin ?
"Il était très, très fort pendant trois semaines. C'est un super gars, il sera plus motivé l'an prochain. Il roule bien dans les chronos, il grimpe bien, il a une très forte équipe, il pourra bientôt gagner le Tour. J'aime faire la course contre lui. Le cyclisme doit rester un jeu. Parfois, on gagne, parfois on perd, parfois c'est un autre qui gagne. C'est pour ça qu'on aime ce sport qui est formidable."
Dès ce lundi, vous partez à Tokyo pour les Jeux.
"Ça arrive très vite, on verra dans quel état je serai. Je n'aurai pas beaucoup de temps pour me remettre, en plus, il y a le décalage horaire, la chaleur et humidité. J'y vais super motivé et ambitieux. Les Jeux, c'est tous les quatre ans, il y a cette possibilité d'y être, je veux la saisir, je vais essayer de me battre pour la victoire."
Après Tokyo, quels seront vos prochains objectifs ?
"D'abord, les Jeux, mais ensuite, je veux des vacances, j'ai envie de me reposer. Bien sûr, j'aimerais gagner le Giro, la Vuelta, plusieurs différentes classiques. Je veux tout expérimenter, découvrir des courses, on verra où ça me mène. Je n'ai pas d'objectifs particuliers, si ce n'est celui de rester moi-même."