Pont des Trous de Tournai: Pierre ou résille, la question à 150.000 €
Une majorité alternative excluant le PS approuve la consultation populaire sur le matériau de la partie centrale du pont des Trous.
- Publié le 28-04-2015 à 17h35
- Mis à jour le 29-04-2015 à 09h04

Une majorité alternative excluant le PS approuve la consultation populaire sur le matériau de la partie centrale du pont des Trous. Le conseil communal de Tournai a approuvé, ce lundi soir, la tenue d'une consultation populaire sur le futur pont des Trous. Une majorité alternative s'est même constituée puisque le MR et Tournai Plus ont validé la proposition des groupes Écolo et CDH. Ce qui fait 21 voix pour. Neuf élus PS se sont abstenus, sept autres, dont les six membres socialistes du collège, ont voté contre.
Des travaux sont nécessaires pour faire passer des bateaux de plus importants tonnages, y compris sur le pont des Trous, dans le cadre du canal Seine-Nord Europe. L'enveloppe pour la mise à gabarit pour Tournai est de 28 millions d'euros, dont 18 millions de compensations.
"Beaucoup de Tournaisiens ressentent une réelle frustration de ne pas avoir été consultés car cette porte d'eau est bien plus qu'un élément de patrimoine remodelé suivant les événements de l'histoire, c'est un emblème communal", glisse Marie-Christine Lefebvre, chef de file Écolo. "Une des quatre options présentées en 2013 a été retenue par le collège. Notre propos n'est pas de nous positionner mais de permettre aux citoyens tournaisiens de prendre réellement part au débat aux deux options proposées, résille ou pierre."
Le groupe CDH a soumis la même proposition qu'Écolo. Hélène Clément-Couplet ajoute, au débat émotionnel, des arguments techniques : "Nombre de questions techniques liées à la nature de la résille, à son rendu réel, à son aspect définitif ou encore à son vieillissement restent en suspens".
Quant à la majorité PS-MR, elle se déchire. Comme les travaux au pont des Trous ne seront pas réalisés avant 2020, "nous avons une fenêtre pour lancer le débat avec toute la population, afin d'être sûrs de faire le meilleur choix", souligne Marie-Christine Marghem, chef du groupe MR.
Rudy Demotte (PS), retenu ce lundi soir par le conclave budgétaire à la Fédération Wallonie-Bruxelles qu'il préside, s'est dit favorable à la consultation populaire dans un communiqué ce dimanche.
Il insiste à nouveau ce mardi; "J'ai toujours été clair sur ce sujet, alors que le MR a changé d'avis sur la structure. C'est un sujet délicat, un sujet sensible, et je n'ai pas d'option privilégiée. Je souhaite simplement celle qui fait le plus consensus. Dans ce contexte, la consultation populaire me semble opportune, avec des questions sur le style, faux-vieux ou contemporain, et le matériau, pierre ou résille par exemple."
Au conseil, le PS vote contre ou abstention. "Ce cinéma n'a qu'un seul but : se donner bonne conscience et aller dans le vent pour éviter toute critique. C'est de la démagogie", lance le bourgmestre ff, Paul-Olivier Delannois (PS), qui rappelle au passage qu'en septembre 2013, les échevins Marghem (MR) et Boite (MR) avaient approuvé la résille.
"Je n'oserais pas soupçonner Rudy Demotte de faire de la démagogie", répondra Marie-Christine Marghem, coinçant le PS aux entournures, et qui concédera qu'elle s'est effectivement interrogée plus tard sur l'option retenue.
"Je rappelle que la Ville de Tournai ne donne qu'un avis puisque c'est l'administration wallonne qui tranchera dans ce dossier", assène Paul-Olivier Delannois. "Et puis, le citoyen a déjà une possibilité de donner son opinion, c'est l'enquête publique, et elle se déroulera bientôt. Et c'est gratuit. Par contre, une consultation populaire va nous coûter 150.000 € au bas mot. Et s'il y a moins de 10 % de votants, on ne dépouille même pas les bulletins."
Pour ceux qui soutiennent la proposition de consultation populaire, toucher à l'ADN de Tournai vaut bien 150.000 €. Reste à formuler la question ou les questions, qui se limiteront à choisir entre le contemporain ou le faux-vieux, la résille ou la pierre.
La consultation populaire, comment ça marche ?
La consultation populaire sur le pont des Trous sera une première à Tournai. Il faut trois mois pour la mettre en place. Elle pourrait donc déjà se dérouler en octobre prochain.
Cette consultation est régie par la loi. En termes d'organisation, elle nécessite le même dispositif que lors d'élections. Pour Tournai, cela représente 95 bureaux de vote, 12 bureaux de dépouillement et un millier de personnes sollicitées, pour un coût de 150.000 €. À ceux qui ont proposé de faire des économies en regroupant des bureaux de votes, le directeur général ff, Thierry Lesplingart, souligne que c'est impossible.
Les autorités communales sont aussi tenues d'informer les citoyens à l'aide d'une brochure diffusée un mois avant le vote. Les Tournaisiens y liront une bonne fois pour toutes que les options du petit et du grand contournements ne figureront pas dans les questions, que la consultation n'est qu'un avis, et que la Ville de Tournai n'est pas maître dans ce dossier puisque c'est l'administration wallonne qui tranchera de toute façon.
Quant aux questions, elles doivent être clairement formulées et de telle sorte que seules les réponses oui et non sont possibles.
Pour participer à une consultation populaire, il faut résider à Tournai et avoir au moins 16 ans. Et pour que les bulletins soient dépouillés, au moins 10 % des Tournaisiens pouvant voter doivent se rendre aux urnes. Il faut donc un minimum de 5.760 personnes qui aillent dans l'isoloir pour déterminer ce que les Tournaisiens ont voulu exprimer.
