Une tempête de critiques s'abat sur l'étude qui disqualifie l'hydroxychloroquine : voici pourquoi
Et si, comme le prétend d'ailleurs le fameux Pr Didier Raoult, l'étude du Lancet, concluant à l'inefficacité voire la dangerosité de l'hydroxychloroquine dans le traitement de la Covid-19, était bel et bien "foireuse" ? C'est en tout cas la question qui semble agiter pour le moment une partie de la communauté scientifique.
- Publié le 26-05-2020 à 16h59
- Mis à jour le 26-05-2020 à 17h01

Et si, comme le prétend d'ailleurs le fameux Pr Didier Raoult, l'étude du Lancet, concluant à l'inefficacité voire la dangerosité de l'hydroxychloroquine dans le traitement de la Covid-19, était bel et bien "foireuse" ? C'est en tout cas la question qui semble agiter pour le moment une partie de la communauté scientifique.
" Il y a, depuis la publication dans The Lancet, une avalanche de critiques qui s'abattent sur cette étude, nous dit le Pr Stéphane De Wit, chef du Service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre. On se demande tout d'abord d'où elle sort. Car, très curieusement, elle émane d'une société privée. Il n'y a aucune référence sur les participants. On peut aussi se poser des questions sur la faisabilité d'une telle étude. Normalement, il s'agit d'un travail qui prend des mois. Il est donc fort étonnant que l'on puisse produire aussi rapidement une telle analyse, même si, depuis la crise du Covid-19, les choses s'accélèrent. Par ailleurs, certains chiffres paraissent vraiment très bizarres. Par exemple, la répartition des comorbidités ou du tabagisme ne reflètent absolument pas ce que l'on a observé sur les différents continents. A se demander si certaines données n'ont pas purement et simplement été inventées. On en est là ".
Une très bonne question…
Quant à savoir ce qui a amené le prestigieux Lancet, référence scientifique mondiale, à publier cette étude, " alors là, c'est une très bonne question ", nous répond très simplement le spécialiste, tout en ajoutant qu'il y a en l'occurrence " des précédents et des publications derrière lesquelles se cachaient de grosses fraudes ". Si, à ce stade, on ne peut évidemment pas apporter de preuve en ce sens, il n'en reste pas moins que les questionnements au sein de la communauté scientifique sont très nombreux, qu'il s'agisse des chiffres, de l'analyse statistique… " On se demande vraiment si le processus de relecture a bien été fait de manière consciencieuse ou si la revue médicale a été prise dans la tourmente, parce qu'il faut publier absolument ", s'interroge encore Stéphane De Wit.
"Une autre chose très étonnante est le fait que dans l'étude prospective britannique ReCovery, qui a rassemblé à présent 10 000 patients, le Comité indépendant de surveillance n'a noté aucun signe inquiétant de l'hydroxychloroquine, fait encore remarquer le médecin . Et d'ailleurs, le bras de cette étude qui reçoit l'hydroxychloroquine n'est pas suspendu jusqu'ici. Pour ce qui est d'expliquer certains décès, sans doute y a-t-il une question de doses utilisées- et non maîtrisées - et peut-être le fait d'avoir associé l'hydroxychloroquine à certains macrolides (antibiotiques), que l'on sait toxiques pour le cœur. Quoi qu'il en soit, je pense que la pression sur l'OMS est telle que la crainte de voir des procès pour des décès de patients sous hydroxychloroquine est bien réelle. D'où la décision de l'OMS, basée sur une étude qui, selon moi, est très sujette à caution. Très troublante, vraiment ".
Ce n'est plus le traitement numéro 1
Il n'empêche, comme d'autres hôpitaux de Belgique, le CHU Saint Pierre est aussi en train d'arrêter les traitements à l'hydroxychloroquine.
Pourquoi? " Pour plusieurs raisons , nous dit le chef du Service des maladies infectieuses. La première est qu'il y a moins de patients. Le recrutement de nouveaux cas est devenu beaucoup plus faible. La deuxième raison est que, si l'hydroxychloroquine a une efficacité, c'est lorsqu'elle est administrée au tout début de la maladie et non chez des personnes qui vont venir à l'hôpital avec des formes plus graves. La troisième raison tient au fait que nous avons d'autres approches, d'autres protocoles, d'autres stratégies qui paraissent pour le moment plus intéressantes. Notre décision d'arrêter l'hydroxychloroquine n'est pas basée sur la publication du Lancet. Elle s'intègre dans un contexte global qui a évolué et qui fait que, effectivement, l'hydroxychloroquine n'est plus considérée aujourd'hui comme une approche vraiment valide, même si on ne peut pas non plus la jeter. Il ne faut pas pointer l'hydroxychloroquine comme seul facteur responsable des effets secondaires cardiaques: la dose utilisée est importante, les associations à d'autres médicaments sont importantes et le virus joue peut être un rôle lui-même. ".
Sciensano devrait incessamment publier de nouvelles guide lines quant aux protocoles de traitements à administrer aux patients atteints du Covid-19. Et peut-être faire savoir que l'hydroxychloroquine n'est plus la recommandation numéro 1 dans l'approche thérapeutique.