Duchâtelet: "Je ne pourrai jamais réguler les salaires des joueurs"

Thibaut Roland
Duchâtelet: "Je ne pourrai jamais réguler les salaires des joueurs"
©Haulot

Rédacteur en chef d'un jour pour La Libre Belgique, Roland Duchâtelet n'a pas changé mais le président connaît ses limites

LIEGE Sans doute aurait-il pu profiter de la bonne passe du Standard ou du transfert gagnant de Mircea Rednic pour commencer doucement à pavoiser. Pour répondre aussi à des supporters rouches qui ne l'ont pas toujours épargné. Mais en nous rencontrant hier, Roland Duchâtelet n'avait strictement aucune envie de triompher : "Quand je vois encore le documentaire sur l'argent noir que la VRT vient de diffuser, j'espère que les choses vont évoluer. Maintenant, le dossier ne peut plus dormir sous le tapis. Je crois que les autorités vont être obligées de bouger."

Monsieur Duchâtelet, ce n'est tout de même pas nouveau pour vous. Il s'agit de pratiques que vous connaissiez ?

"On a bien vu que ce sont des choses qui existaient même au niveau des clubs de division 1. C'est vrai que depuis les années où je suis dans le football, j'ai eu l'occasion de voir beaucoup de choses. Mais ce n'est pas à moi de réagir. Il y a des autorités qui sont là pour cela."

Mais on attend de savoir ce qui va se passer.

"Je crois que c'est assez simple. De plus en plus de petits clubs vont simplement disparaître ou se regrouper. C'est la seule solution."

Pourquoi ?

"Parce que le temps où cela faisait bon chic bon genre d'être le président d'un petit club local est dépassé. Ces gens-là doivent bien se rendre compte que le public ne vient plus voir les matchs de Provinciale. Parce que les gens vont ailleurs et qu'ils peuvent regarder de grosses affiches à la télé. Dans le futur, tous ces clubs vont devoir miser sur les jeunes ! C'est cela leur avenir."

Vous pensez que les problèmes d'argent noir se calment. Notamment en division 1 ?

"Les bonnes pratiques sont en train de s'installer. C'est comme dans les entreprises. Avant, on faisait facilement de fausses factures. Maintenant, les dirigeants ont encodé certaines règles."

Mais sans argent noir, les clubs perdent de l'argent ?

"En fait, c'est très aléatoire. Globalement, les clubs perdent de l'argent. On le voit au niveau européen où la perte globale des clubs se chiffre à 1, 5 milliard d'euros par an. Mais je voudrais vous rappeler que le Standard et les clubs belges font partie des très bons élèves. On est largement parmi les meilleurs d'Europe au niveau des finances et de leur santé."

Donc, vous gagnez de l'argent avec le Standard.

"On ne peut jamais dire cela. Le football ne peut pas être ramené à une affaire rentable."

Disons les choses autrement : comment faire pour que le Standard gagne plus d'argent ?

"La puissance des clubs est et restera toujours liée à la taille du marché. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse face à l'Espagne ? C'est un marché de 48 millions d'habitants et en plus, ils ont la chance de pouvoir vendre leurs droits télé à l'étranger. Cela devient énorme. Si dans d'autres pays du monde, des millions de gens regardent les clubs espagnols jouer, cela agrandit encore leur puissance. Et en face de cela, on se retrouve avec le Standard et Anderlecht qui ont forcément un budget dix fois moins important que ces clubs espagnols. Vous vous imaginez ce que c'est que d'avoir dix fois moins d'argent à dépenser."

On voit revenir votre idée de Beneligue...

"Il n'y a pas d'autre solution. C'est dans l'intérêt des clubs belges et des clubs néerlandais."

Et vous en êtes où ?

"Cela avance…"

C'est-à-dire ? Il faut convaincre les gens un à un ?

"Oui mais à terme, on va y arriver. C'est une question de temps. Cela va se faire, vous savez !"

Pour ne pas perdre d'argent, on peut aussi baisser les salaires des joueurs.

"Sur le principe, je ne suis pas contre. Mais comment va-t-on faire ? Franchement, c'est impossible à réguler. Vous voulez qu'on plafonne les salaires ? Mais les gens ne sont pas bêtes ! On donnera un salaire à la femme du joueur ou à je ne sais qui pour que la totalité de ce qu'il gagne ne soit pas affichée. Le système va devenir plus opaque : c'est tout ce qu'on va gagner !"

Soit. Des nouveaux stades peuvent aussi nous aider. Vous dites merci à Platini et à l'idée d'un Euro à travers l'Europe ?

"Le problème, ce n'est pas les stades. Au Portugal, ils ont des stades flambant neufs mais ils jouent pour la plupart devant 3.000 personnes. Cela leur fait une belle jambe. Non, on doit augmenter le budget des clubs et cela passera surtout par la hausse des droits télé."

© La Dernière Heure 2012

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