Magali Suarez: "Avec Mati, on sait que notre vie est ici"

Thibaut Roland
Magali Suarez: "Avec Mati, on sait que notre vie est ici"
©JC Guillaume

Magali Suarez parle de la blessure de son mari et de la malédiction du Soulier d'Or

BRUXELLES Un an après le Soulier d'Or, le décor n'a pas bougé. Tout au plus quelques sacs semblent s'être accumulés dans le hall d'entrée comme si l'heure du départ menaçait malgré tout d'arriver. À quelques encablures d'Anderlecht, la maison de Matias Suarez et de Magali a pourtant gardé son chic léger et son évidente modestie. Les amis du couple y passent, Magali les accueille comme si de rien n'était: "Ce qui est difficile, c'est de ne pas savoir ce qui va se passer. Tout est dans les boîtes mais je ne sais pas si on va les envoyer à Moscou ou si on va les déballer."

En attendant de voir le transfert de Mati au CSKA entériné, Magali Suarez a retrouvé sa vie belge, ses repères et l'idée que sa vie aussi était sans doute ici.

Magali, quand on vous voit si bien ici, on se demande encore pourquoi aller en Russie.

"Avec Mati, on sait que notre vie est ici. Quoi qu'il arrive, on reviendra par après mais Matias a toujours privilégié l'aide qu'il pouvait apporter à sa famille."

Avec son contrat à Anderlecht, il peut aussi aider ses proches financièrement.

"Oui mais après cinq ans, il est peut-être temps de changer d'air. Mais on doit juste être fixés. Je veux revoir Mati sur un terrain le plus vite possible où que ce soit ! De toute façon, je le suivrai. Je trouverai bien quelque chose à faire de mon côté. Je ne sais pas encore quoi mais cela viendra." (sourire)

Plus que jamais, vous avez dû sacrifier votre carrière pour lui ces derniers mois ?

"Mati ne parle pas beaucoup. Je dois toujours le pousser pour qu'il me dise comment il se sent et pour l'instant, je sais qu'il a besoin de moi. Alors, c'est vrai que lorsqu'on était en Argentine, j'ai essayé de m'occuper de lui comme je le pouvais. Je lui préparais par exemple ses repas."

Mais cela ne se limitait pas à ça ?

"On va dire que j'ai un peu joué la psychologue (sourire). Après son opération, j'ai un peu pris le rôle de l'infirmière en faisant son bandage, en lui mettant de la glace ou du mercurochrome mais après cela, mon boulot était terminé. Je ne pouvais pas vraiment l'aider pendant sa rééducation."

C'est à ce moment-là que Mati s'est senti seul.

"Je crois qu'il faut être footballeur pour comprendre ça. Et puis juste après l'opération, la douleur était revenue plus forte. C'était normal mais Mati souffrait. Maintenant, il ne sent absolument plus rien. Tous les médecins disent que dans un mois, il sera sans problème sur le terrain."

En attendant, il y a encore des tests médicaux à Munich cette semaine.

"Oui mais je n'irai pas avec lui. Je sais que ma nervosité risque de le contaminer. Quand on s'est rendu à Munich en novembre pour les deuxièmes tests, on était sûrs que tout serait parfait. J'ai cru que le ciel nous tombait sur la tête."

Et vous aviez même eu peur de la réaction d'Anderlecht.

"C'est vrai qu'en revenant en Belgique, Mati se demandait comment les autres allaient réagir. Mais on a vu que nos amis étaient toujours là et que les dirigeants d'Anderlecht ne nous en voulaient pas. Ronald Vargas est tout le temps avec Matias. Kouyaté, Proto, Chavarria ont tout fait pour qu'il se sente bien. Et moi dès que je suis rentrée, j'ai appelé Barbara Proto pour qu'elle vienne chez moi. Même quand j'étais en Argentine, on n'arrêtait pas de s'appeler !" (sourire)

Au fond, ce qui vous est arrivé, c'est un peu la malédiction du Soulier d'Or.

"Non, ce n'est pas une malédiction. Les six premiers mois ont été parfaits et j'ai l'impression que les six autres ont filé à la vitesse de l'éclair. Quand on croit en Dieu comme moi, on se dit simplement que c'est le destin qui s'est imposé."

Et le destin ne vous a jamais fait penser que la carrière de Mati était peut-être terminée.

"Non. Enfin, cela m'est parfois passé par la tête mais je savais que Mati allait rejouer."



© La Dernière Heure 2013


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