"C'est Greipel qui m'a dit que je devais tenter un truc": l'étrange confidence de Politt après sa victoire
L'Allemand de chez Bora-Hansgrohe a conclu victorieusement, et en solitaire, une échappée fleuve lors d'une journée que l'on promettait pourtant à un emballage massif.

- Publié le 08-07-2021 à 20h13
- Mis à jour le 18-07-2021 à 17h04

Dans l'effort comme dans la joie, le visage de Nils Politt pourrait être placardé sur un panneau publicitaire vantant les vertus d'un dentifrice blanchissant ou la couverture d'une assurance santé complémentaire. Jeudi après-midi, à l'ombre de l'avenue du Président Allende de Nîmes, le sourire du coureur allemand n'avait pourtant jamais paru aussi éclatant. Abonné aux places d'honneur sur les classiques flandriennes (deuxième de Paris-Roubaix derrière Philippe Gilbert en 2019, cinquième du Tour des Flandres la même année ou dixième du Circuit Het Nieuwsblad en début de saison), le Colonais irradiait de bonheur après avoir franchi en solitaire la ligne d'arrivée d'une 12e étape que l'on pensait pourtant promise à un sprint massif.
Mais la décision des organisateurs du Tour de retarder le départ de Saint-Paul-Trois-Châteaux en raison des bourrasques qui risquaient bien de souffler dans les voiles du peloton au cœur de l'Ardèche et du Gard avait sonné comme un indice et déclenché les gyrophares rouges dans les pullmans des équipes au moment du briefing matinal.
"Tout le monde savait que le risque de bordure était très important et la nervosité était immense dans les premiers kilomètres de la journée, racontait le vainqueur du jour. Il a fallu serrer les dents pour prendre l'échappée, mais, une fois celle-ci constituée, j'ai rapidement compris qu'il y avait de fortes chances que nous allions au bout car ce scénario déchargeait de nombreuses équipes d'une dose de stress énergivore."
Accompagné, dans un premier temps, par douze compagnons de fuite, dont les Belges Theuns et Van Moer ainsi que le champion du monde Julian Alaphilippe, Politt participa ensuite à l'essorage de ce petit groupe dont Küng, Sweeny et Erviti furent les seuls à survivre.
"André Greipel, avec qui je m'entraîne très régulièrement et que je considère comme un véritable ami, appartenait lui aussi à la première échappée, poursuivait l'Allemand. J'ai beaucoup de respect pour son vécu et je lui ai demandé s'il avait un conseil tactique à me donner. Il m'a alors glissé que j'étais, sans conteste, l'un des plus costauds des hommes de tête et qu'il me fallait donc tenter quelque chose pour aller chercher une victoire d'étape qu'il pensait à ma portée. À l'arrivée à Nîmes, il est ensuite venu me féliciter derrière le podium et je le sentais réellement heureux pour moi."
Barré par une pointe de vitesse qu'il savait insuffisante que pour espérer s'imposer face à ses derniers compagnons de fuite, le coureur de chez Bora-Hansgrohe appliqua donc les conseils de son aîné en attaquant à 12 kilomètres de l'arrivée.
"Je connaissais l'arrivée car une étape du Tour s'était déjà conclue à Nîmes en 2019. Mon entraîneur était présent dans la voiture qui me suivait et m'a dit d'y aller à fond sur un long faux plat de 800 mètres idéal pour faire parler mes qualités. S'imposer en solo sur le Tour, c'est tellement fou… Nous avons vécu une journée contrastée avec l'abandon de Peter ( Sagan) au matin et ma victoire en fin d'après-midi (sourire). Le retrait de mon équipier slovaque a rebattu les cartes sur le plan tactique. Nous devons conserver des forces pour épauler Kelderman (sixième du général) au mieux, mais sur les étapes de plaine nous n'avons plus de sprinter et sommes donc libres de tenter des choses différentes. Le destin est parfois étrange car l'équipe avait dit la semaine dernière qu'une opportunité de succès s'offrirait très probablement à moi d'ici à Paris, mais nous n'avions pas imaginé ce scénario jeudi matin." Un happy end pour un sourire hollywoodien.
"Il va gagner une grande classique"
Les petites phrases résonnent parfois d'un écho très différent lorsqu'elles viennent s'écraser contre la cuvette du temps. Début 2019, au détour d'un paddock que la presse était encore autorisée à fréquenter dans cette période d'avant Covid, Dirk Demol nous invite à garder un œil sur les futures performances d'un coureur allemand de la formation Katusha qu'il dirige et nous présente comme "un immense moteur, capable de gagner une grande classique dans les années à venir". Le printemps donna déjà raison au flair du Flandrien puisque Nils Politt y prit la seconde place de Paris-Roubaix derrière Philippe Gilbert, termina 5e du Tour des Flandres et 6e du Grand Prix de l'E3 lors d'une campagne des classiques qui suscita l'intérêt de Patrick Lefevere.
"Inutile, donc, de vous dire que sa victoire d'étape sur le Tour ne me surprend pas vraiment, commentait jeudi dans un sourire celui qui est désormais directeur sportif de la formation Israël Start-Up Nation. Nils est un gars avec qui j'aurais beaucoup aimé continuer à travailler après notre collaboration des deux dernières saisons mais il lui aurait été difficile de repousser l'offre de Bora-Hansgrohe. Sur cette campagne des classiques, le potentiel de l'Allemand a été, à mes yeux, quelque peu étouffé par le rôle d'équipier de luxe auquel on l'a assigné aux côtés de Peter Sagan. Le départ annoncé du Slovaque pourrait l'aider à franchir un cap important dans sa carrière. Il a désormais 27 ans et a acquis, en plus de son talent, le bagage et l'expérience nécessaires pour gagner une grande classique. Il est prêt. Laquelle lui convient le mieux ? Je dirais sans doute Paris-Roubaix…"
Un autre technicien belge connaît particulièrement le vainqueur de Nîmes pour l'avoir dirigé tout au long de la campagne du Nord. "Cette victoire pourrait servir de déclic mental à Nils, souffle Jean-Pierre Heynderickx, l'un des directeurs sportifs de l'équipe Bora-Hansgrohe. Son succès récompense son abnégation. C'est un coureur avec une mentalité fantastique, toujours prêt à se mettre au service de collectif et toujours de bonne humeur. Sur un grand tour, ses capacités de récupération lui permettent de grandir au fil des étapes et des jours de course. J'avais compris ces derniers jours qu'il était en forme et il est possible qu'il réalise encore de jolies choses d'ici à Paris."