"Tout le monde sait qu'il y a de la drogue à la gare du Nord" : le dealer de cocaïne travaillait en voiture avec chauffeur
À peine arrivé en Belgique, Ramazan a lancé son trafic qui s'est rapidement développé.

- Publié le 07-09-2025 à 16h04

À son entrée dans la salle d'audience, menotté entre deux policiers, Ramazan détonne par son apparence. Ses cheveux sont coupés très court en brosse. Il porte une longue barbe fournie et impeccablement taillée, à l'image des hipsters ou de certains djihadistes.
Mais cet homme entièrement revêtu de l'uniforme gris souris des détenus n'est ni l'un ni l'autre. Cet albanophone de Macédoine est arrivé en Belgique en mai. Très rapidement, il a été interpellé après une transaction de cocaïne.
D'emblée, devant le juge, il se montre peu collaborant. Au magistrat qui lui demande pourquoi il est venu en Belgique, il oppose, via son interprète, un "pour raisons personnelles". Quand le magistrat insiste, il concède qu'il avait "beaucoup de dettes". Son but, explique-t-il, était de travailler dans le bâtiment. Ce qu'il n'a jamais fait.
À peine quelques semaines après son arrivée, il a été vu vers 21 heures en train de livrer de la cocaïne à un client contre 100 euros aux halles Saint-Géry à Bruxelles. Les policiers l'ont suivi. Il est remonté dans une voiture conduite par Khalid, son coprévenu qui comparaît libre.
"Certains sont plus aptes que d'autres", dit Ramazan au juge qui s'étonne de la rapidité avec laquelle il a monté son trafic.
Les policiers ont contrôlé les deux hommes. Ramazan avait 620 euros sur lui. Vingt boulettes de cocaïne, soit 16 grammes, se trouvaient sur le siège passager avant. Ce qui dénote un commerce déjà florissant. Le juge s'en étonne. Ramazan venait d'arriver en Belgique et ne parle pas un mot de français.
"Certains sont plus aptes que d'autres", motive-t-il. Au juge qui lui demande où il s'approvisionnait, il oppose un "tout le monde sait qu'il y a de la drogue à la gare du Nord".
Droit au silence
Ramazan est peu collaborant. Il ne l'était pas plus lors de son interpellation. Il avait fait valoir son droit au silence car "je ne savais pas ce qu'il avait dit", dit-il de Khalid. Il avait opposé un refus aux policiers qui voulaient vérifier le contenu de son téléphone, refusant de déverrouiller son iPhone. "J'avais oublié le mot de passe. J'ai des problèmes de mémoire. Il n'y avait rien dedans", dit-il au juge.
Son coprévenu, Khalid, est plus accommodant. Cet homme, qui vit sur la mutuelle depuis un divorce douloureux et était retourné vivre chez ses parents à plus de 40 ans, a également beaucoup de dettes.
"Une grave erreur"
Il dit avoir été approché par Ramazan alors qu'il s'apprêtait à monter dans sa voiture. Ramazan lui avait proposé de le convoyer pour livrer des stupéfiants. "J'ai fait une grave erreur et j'ai accepté", dit-il aujourd'hui. "Nous parlions le langage international, avec les mains", dit-il au juge qui lui demande comment ils communiquaient.
En échange, Khalid recevait 50 euros par jour. Leur petit manège a duré, selon lui, une dizaine de jours. À son estime, il y avait en moyenne dix livraisons par jour. "Chaque fois qu'il avait une adresse, il la notait dans mon téléphone sur l'application Waze", dit-il de Ramazan.
Devant le juge, Ramazan confirme cet accord, laissant ainsi entendre que Khalid n'était pas son chef.
Pour le procureur, il est clair qu'il s'agit ici d'un trafic structuré. "Si l'on me donne un mois pour trouver plus de dix clients par jour dans un pays dont je ne connais pas la langue, je n'y arriverai pas", raisonne-t-il.
Pour le magistrat de l'accusation, il est évident que Ramazan recevait ses ordres sur son téléphone qu'il a refusé de déverrouiller.
Notant qu'il n'a exprimé aucun regret et qu'il s'est montré peu collaborant, le procureur requiert 40 mois de prison contre Ramazan, qu'il considère comme le dirigeant.
La défense de Ramazan se fait offensive. Elle note ainsi que, lors de la perquisition menée chez Khalid, une balance de précision a été découverte. "Il n'avait donc pas besoin de mon client", déduit l'avocat.
Le procureur demande 30 mois à l'encontre de Khalid, dans la voiture duquel les policiers découvriront quelques grammes de cocaïne cachée sous le tissu du plafond lors d'un nouveau contrôle en juin.
"Je ne sais pas d'où cela vient", affirme-t-il. Sans avocat, Khalid se défend seul. Au juge qui lui demande s'il accepterait un sursis probatoire, Khalid acquiesce sans hésiter : "Bien sûr. Tout le monde veut éviter la prison".
Jugement le 16 septembre.