Farah (15 ans), Rizlane (15 ans) et Rami (13 ans) se livrent sur leur confinement : "C'est comme si on était une marionnette et qu'on jouait avec nous"
Farah (15 ans), Rizlane (15 ans) et Rami (13 ans) évoquent comment ils ont vécu cette crise sanitaire.
- Publié le 18-05-2021 à 17h46

Lundi, 17h. Nous arrivons à Forest à Une maison en Plus. Cette ASBL accueille différents jeunes de tout âge. Marion nous accueille en compagnie de Farah et Rizlane, deux adolescentes de tout juste 15 ans. Rami, lui, nous rejoindra plus tard. Les trois jeunes ont accepté de témoigner et de raconter leur confinement.
"Au début, j'ai mal vécu cette période, débute Rizlane. Je ne voyais plus mes ami(e)s mais progressivement, je me suis rendu compte que j'avais plus de temps pour moi qu'auparavant, pour mes loisirs, regarder des séries, etc."
Farah, elle, avait 13 ans lors du premier confinement. Aujourd'hui, elle en a 15. "Cela fait deux anniversaires que je rate à cause du Covid, souffle-t-elle. Ce qui est dérangeant, c'est également de ne pas pouvoir voyager et de ne pas aller voir ma famille (habitant au Maroc et en France, NDLR). Depuis le confinement, je ne l'ai plus vue."
Tant la famille de Farah que celle de Rizlane prenaient très au sérieux la crise sanitaire. "Ma maman était vraiment stressée au départ, affirme Farah. Elle nous disait : désinfectez tout ce que vous ramenez à la maison, sortez avec des gants, enlevez vos chaussures…" "La mienne avait également très peur. Lors du premier confinement, je ne suis pas sortie une seule fois de chez moi", ajoute Rizlane.
Même si cette période a été compliquée pour tous, les deux jeunes filles (et Rami) l'ont globalement bien vécue. Et ce, grâce à l'association Une maison en plus (voir ci-dessous). "Ils ont la chance de connaître une association qui leur a permis de faire certaines choses alors que d'autres jeunes ne l'ont pas eue", assène Marion. Malgré cela, les deux jeunes filles n'oublient pas de souligner cette année scolaire - et celle d'avant - très spéciale(s) pour elles.
Actuellement en troisième secondaire, Farah et Rizlane regrettent de ne pas avoir pu étudier certaines matières. "On aura du retard pour maintenant et pour plus tard, déplore Farah. Les professeurs nous mettent trop de pression en nous disant : "Oui il y a de la matière que vous n'avez pas vue, mais les profs du supérieur, eux, ne veulent plus d'élèves incompétents ou en retard. Donc, cela nous stresse."
Depuis septembre, la scolarité a repris ses droits, mais avec plusieurs inconvénients. "Ils ont divisé les classes par deux et, à cause de cela, il n'y avait pas de cours à distance, déplore Farah. Au départ, c'était une semaine de cours et une autre où l'on n'avait pas cours puis après c'était un jour sur deux, avec donc du "repos" à la maison. Nos parents se plaignaient de cela…"
Désormais, c'est un retour à 100 % en présentiel pour les deux jeunes filles. "Comme on a repris il y a de ça deux semaines, on a l'impression que le lendemain, il n'y a pas école, c'est difficile de retrouver le rythme, sourit Farah. C'est comme si on était une marionnette et qu'on jouait avec nous. Nous remettre à moitié à l'école, puis non, etc..."
Un peu plus tard, Rami débarque. À tout juste 13 ans, il raconte comment il a perçu cette crise sanitaire. "Je l'ai bien vécue", admet-il.
Mais comme pour Farah et Rizlane, sa scolarité a été mise à mal. D'autant plus pour lui qui est passé de la sixième primaire à la première secondaire en septembre. "Au début, Ils étaient à fond sur les mesures et on n'avait pas de récréations, explique Rami. Mais actuellement, il n'y a pas trop de mesures, à part le port du masque et la distanciation sociale."
"Une Maison en Plus" a aidé ces jeunes durant le confinement
« Quand on est en difficulté, on peut revenir vers eux pour nous aider. » Tels sont les propos de Farah qui, comme Rizlane et Rami, ont globalement bien vécu le confinement grâce notamment à l'association « Une maison en Plus ». S'ils n'ont pu s'y rendre durant le premier confinement, l'organisation a continué à les aider. On avait un groupe Whatsapp où l'on faisait des jeux entre nous, se souvient Farah. Et dès qu'on pouvait, on faisait des sorties entre nous. »
L'été dernier, les jeunes ont même eu la chance de sortir de Bruxelles grâce à l'association. « Ils prévoient toujours quelque chose à faire durant les vacances, sourit Farah. On a donc pu partir dans le village de Coo (Ardennes). » S'ajoute un séjour à la ferme, deux vidéos réalisées pour les fêtes en vue de soutenir les personnes âgées et des colis solidaires avec la croix rouge pour les personnes dans le besoin. Bref, ces jeunes ne se sont pas ennuyés.
Actuellement, un projet en collaboration avec la commune de Woluwe Saint-Lambert est mis en place avec comme thème la solidarité. Objectif : « aider » les personnes âgées souffrant de solitude. Covid oblige, il est impossible pour les jeunes de se rendre sur place. « On a donc décidé d'écrire des lettres pour elles », indique Farah. « Certains ont eu la chance d'avoir eu une réponse et écrivent une deuxième lettre, d'autres sont toujours dans l'attente , ajoute Marion de l'association.
Le Festiv'Arts, qui se déroule ce mercredi, vient « clôturer ce projet ». « On veut mettre en avant les personnes qui nous ont beaucoup aidés durant cette période : les infirmières, les pompiers, les femmes de ménage, etc », rapporte Farah. Au programme : des mini-festivals dans plusieurs lieux et à différentes dates. « Mercredi, ce sera pour les ados, assène Marion. Une flashmob solidaire dans une maison de repos (Val des Roses) est prévu lorsque le personnel sortira de leur service à 14h30. Ensuite, on ira sur la place Saint-Denis pour afficher des banderoles, de nouveau réaliser une flasmob et rencontrer d'autres jeunes. »