Molenbeek : Des familles squattent la friche de la gare de l'Ouest
À l'abandon depuis de nombreuses années, elle est devenue une décharge à ciel ouvert et la maison de plusieurs familles.
- Publié le 14-01-2019 à 08h18
- Mis à jour le 14-01-2019 à 08h19

À l'abandon depuis de nombreuses années, elle est devenue une décharge à ciel ouvert et la maison de plusieurs familles. Le long de la rue Vandenpeereboom qui mène à la gare de l'Ouest, à Molenbeek, se trouve un grand terrain vague qui longe les voies de chemin de fer. D'un côté, le centre de formation d'Infrabel, de l'autre, des arbres et de la terre, appartenant principalement à la SNCB (une partie étant la propriété de la commune).
Depuis quelques mois, c'est à cet endroit que cinq personnes ont élu domicile. Au milieu des détritus et des restes de chantiers. À l'abandon depuis près d'une vingtaine d'années, le terrain est devenu une véritable décharge à ciel ouvert. Une situation dénoncée par Ahmed El Khannouss (CDH), ancien échevin et actuel conseiller communal à Molenbeek. "C'est un terrain fortement pollué sur lequel il n'y a aucune surveillance. Cela attire les personnes inciviques qui viennent y déposer de nombreux dépôts clandestins", explique-t-il. C'est le moins que l'on puisse dire. Tout le long de la rue Vandenpeereboom, côté friche, des déchets de toutes sortes voient régulièrement le jour.
Des matelas , des WC, des pneus, etc. Parfois les déchets se trouvent même de l'autre côté de la barrière qui délimite le terrain de la SNCB, rendant encore plus difficile l'intervention de la commune qui "fait des efforts énormes pour évacuer les déchets", continue le conseiller communal et député régional. D'après lui, la commune a consacré plus de 500 000 euros pour évacuer les déchets dont "une grosse partie destinée à ce lieu".
Mais en plus des dépôts clandestins, des entreprises viendraient déverser leurs déchets sur le terrain même, après avoir coupé le seul cadenas qui interdit l'accès à la friche.
Une fois de l'autre côté de la barrière, la vue est désolante. Les déchets se comptent certainement en tonnes et il n'y a pas un endroit qui soit préservé. Et on peut dire que la situation dure depuis de nombreuses années. Régulièrement interpellé par les habitants, Ahmed El Khannouss se souvient : "Dès 2007 la commune a reçu le schéma directeur qui prévoyait la construction de logements moyens, sociaux et d'équipements collectifs. Après douze ans, on remarque que rien n'a encore été fait." Pour lui, il faudrait mettre en place un contrôle social sur le site et mieux répondre au besoin d'évacuation des encombrants. "Je plaide pour installer une déchetterie provisoire. Cela répondrait au besoin de la population d'avoir un contrôle social vu qu'il y aurait du va-et-vient."
Pour le conseiller communal, cela devrait aller de pair avec un meilleur éclairage et une gestion adéquate du stationnement, qui feraient en sorte que les gens ne puissent pas se cacher derrière les camionnettes, qui sont garées dans la rue, pour évacuer leurs déchets.
L'urgence aujourd'hui, c'est aussi l'urgence sociale. Sur la friche, après avoir passé la barrière dont des barreaux ont été écartés pour pouvoir entrer, lorsqu'on s'enfonce sous les arbres et dans les hautes herbes, on remarque la présence d'anciens campements. "Il y a déjà deux ou trois campements qui ont été démantelés par la police." Mais si on cherche un peu mieux, entre les arbres, plusieurs cabanes ont vu le jour plus récemment. Cinq personnes y vivent, deux couples et une dame âgée. Un couple venu de Roumanie y vit depuis quelques mois. Ils prévoient de repartir dans leur pays dans peu de temps. Ils ont envisagé l'aide d'instances professionnelles pour être relogés mais ils préfèrent la liberté de la nature aux contraintes des horaires.
Un potentiel rachat par la Région
La Région ne cache pas lorgner sur le terrain abandonné. Mais pour cela, il faudrait le racheter à la SNCB. "La Région a identifié la gare de l'Ouest comme un de ses dix quartiers prioritaires. Un plan d'aménagement directeur (PAD) est en préparation et sera à l'ordre du jour du gouvernement dans les prochaines semaines. Au programme, un parc de 3ha, 45 000 m² de logements (essentiellement publics), des équipements collectifs et quelques bureaux. Il s'agira par ailleurs d'aménager le passage du RER vélo le long de la L28", explique le cabinet du ministre-Président Rudi Vervoort (PS). Depuis 2015, la Région a engagé des discussions avec Infrabel et la SNCB pour acquérir ces terrains afin de permettre un développement du site dans les meilleurs délais. À ce jour, aucun accord n'a encore pu être dégagé mais la Région continue activement de négocier pour permettre de finaliser l'opération cette année encore.
La SNCB aussi serait preneuse de se débarrasser du terrain qui n'est aujourd'hui plus utilisé dans le cadre de la mission de service public de la SNCB, d'où sa mise en vente à venir. "Différentes possibilités d'affectation de ce terrain sont en train d'être examinées, dans le but de le revaloriser de façon pérenne", indique le porte-parole.
Entre-temps, il est nécessaire de trouver une solution pour la friche. La Société des chemins de fer promet de réparer la clôture et évacuer les déchets, comme cela a d'ailleurs déjà été fait à plusieurs reprises. Elle précise aussi être "en train de préparer un contrat d'occupation temporaire avec une société externe qui sera en charge de la maintenance et de la sécurisation du site".
