Colonisation : le débat s'invite au sein des communes
D'Anvers à Arlon, des rues, places ou galeries évoquent la colonisation. La réflexion est partout.
- Publié le 11-06-2020 à 20h42
- Mis à jour le 11-06-2020 à 20h43

D'Anvers à Arlon, des rues, places ou galeries évoquent la colonisation. La réflexion est partout.
Si la polémique concernant les statues à l'effigie du roi Léopold II fleurit principalement dans les grandes agglomérations comme Bruxelles ou Anvers, les villes et communes plus petites sont aussi concernées.
Ainsi, la ville de Spa dispose d'une galerie au nom du Roi bâtisseur. La bourgmestre a annoncé que le débat serait lancé au prochain conseil communal.
À Mons, l'université a déjà procédé au retrait d'un buste à l'effigie de Léopold II suite à une pétition lancée par une jeune étudiante. En moins d'une semaine, elle avait récolté plus de 2 500 signatures.
De pétition, il en est également question du côté d'Arlon, où une statue du roi controversé se tient fièrement le long de l'avenue du Luxembourg. Elle avait, hier soir, réuni un peu plus de 700 signataires. "Aucune décision n'a été prise pour l'instant", précise le bourgmestre.
Dans la capitale wallonne, le débat a été tout de suite étouffé dans l'œuf par le bourgmestre Maxime Prévot. La statue dressée sur la place Wiertz ne sera pas déboulonnée. "Certains revendiquent que les statues de Leopold II soient retirées de l'espace public. À mon sens, ce n'est pas indiqué. Les vrais défis d'aujourd'hui, ce sont la lutte contre le racisme, contre les discriminations et le combat pour l'égalité ! Notre énergie doit être consacrée à cela. Déboulonner une statue ne fera pas avancer ces causes. Notre pays a été façonné par son histoire, avec ses aspects glorieux et ses parts d'ombre. Nous devons les assumer, pouvoir s'en excuser mais ne pas les renier. Personne n'imaginerait déboulonner les statues du général de Gaulle au motif que des exactions ont été commises durant la Guerre d'Algérie."
Par contre, explique le bourgmestre, il faut remettre les choses dans leur contexte, les décortiquer avec un regard critique, tirer les leçons de cette période et se projeter dans l'avenir avec la rage de lutter contre toute forme de discrimination et de racisme. Sans mettre les lunettes du passé, au contexte bien différent dans les relations entre le continent africain et le continent européen. "Ce travail de pédagogie et de mémoire est une des raisons d'être du Musée africain de Namur. Il ne célèbre pas la période coloniale, il part de cette époque avec un regard critique pour nous amener à repenser et densifier les actuelles relations entre l'Afrique et notre pays, avec un respect mutuel puissant."
Et donc, pour lui, débaptiser certaines rues de Namur n'apparaît pas pertinent : "Pour l'immense majorité des Namurois, quand on parle de Tabora, par exemple, on veut parler du centre sportif et pas de la bataille de l'époque coloniale… Par contre, nous pouvons placer des plaques explicatives. Mobilisons notre énergie sur le vrai combat : la lutte contre le racisme, pas mettre un voile sur des statues ou sur notre histoire. Nous travaillons d'ailleurs à cette démarche de mémoire depuis plusieurs mois avec le président du CPAS en charge de la cohésion sociale et les associations locales."
Enfin, à Hasselt et Saint-Trond, les statues Léopold II ne seront pas enlevées pour le moment.